SAISON 21/22

Avec ce nouveau magazine numérique, nous avons le plaisir de partager une nouvelle saison du Théâtre de Vidy.  | Voir magazine

Après des mois de fermeture au public suivis d’ouvertures limitées, nous aspirons à retrouver pleinement l’intensité et la joie d’être ensemble au théâtre.

Durant cette dernière saison, parallèlement à la gestion de cette crise sans précèdent qui nous a obligé·e·s à annuler de nombreux spectacles à Vidy et en tournée, nous avons réussi à accompagner des artistes dans de nouvelles créations, à expérimenter de nouvelles façons de créer ou de nous relier avec vous et à poursuivre nos réflexions sur le futur du théâtre.

L’avenir proche du théâtre, c’est d’abord la métamorphose du bâtiment historique avec les travaux de rénovation et d’extension qui vont se prolonger encore une saison, jusqu’à la rentrée de 2022.

Le futur se conjugue selon nous avec la durabilité, c’est-àdire avec l’idée d’un monde responsable, vivable et désirable pour l’ensemble des vivant·e·x·s sur terre. Le Théâtre de Vidy, comme lieu de créations artistiques, de questionnements citoyens et d’expériences partagées, s’engage sur ce chemin à travers des œuvres invitées, des débats et rencontres avec des artistes, des philosophes et des scientifiques, et en évaluant puis en transformant ses propres pratiques.

Cette nouvelle saison est ainsi riche de nouvelles créations et de spectacles reprogrammés, présentés dans les deux salles encore ouvertes à Vidy, le Pavillon et la salle René Gonzales, ou hors les murs, à l’UNIL, à l’Opéra de Lausanne, à l’Octogone de Pully et en plein air. Elle s’ouvre avec deux immersions dans la nature, pour se relier au monde animal avec le Shanjulab à Gimel et à la vie sous-marine avec la performeuse Anne Rochat à La Tour-de-Peilz.

Ensuite débute à Vidy le projet Théâtre durable?, issu de deux années d’interrogations partagées entre la metteuse en scène britannique Katie Mitchell, le chorégraphe français Jérôme Bel, Vidy et le Centre de durabilité de l’UNIL. Le premier chapitre est une création écoféministe de Katie Mitchell, Une pièce pour les vivant·e·x·s en temps d'extinction. Cette pièce sera exemplaire dans sa durabilité et elle sera recréée ensuite dans d’autres pays sans recourir à des voyages ni à des transports, tout comme la pièce d’Ant Hampton Two Adults and a Child qui sera elle réactivée à Vidy, dans le cadre du projet Showing Without Going. Les questions posées par la crise écologique résonnent aussi dans la pièce de Guillaume Béguin, Les nuits enceintes, les conférences décalées de L’Atlas de l’anthropocène, La Lune est en Amazonie de la compagnie colombienne Mapa Teatro.

La durabilité est une question globale qui ne se formule pas de la même manière partout dans le monde. Ainsi il nous semble indispensable de continuer d’inviter, rencontrer et écouter des artistes étranger·ère·x·s. Trois artistes de danses urbaines venus d’Abidjan, Mexico et New York se retrouvent à Vidy avec la berlinoise Monika Gintersdorfer pour créer ensemble Trio, for the beauty of it. Les chorégraphes marocaine Bouchra Ouizguen et franco-algérienne Nacera Belaza présentent leur nouvelle création, nourrie chacune par les rencontres entre cultures traditionnelles et modernité. L’écrivain bosniaque Velibor Čolić dont le texte est mis en scène par Maya Bösch et l’auteur et metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna racontent leur exil, pris entre deux mondes, deux cultures.

Le roman de l’algérien Kamel Daoud, Meursault contre-enquête, qui dialogue avec L’Étranger d’Albert Camus, est mis en scène par Nicolas Stemann qui présente aussi La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt.

Les artistes Marlène Saldana et Nina Negri inspirées chacune par un grand film américain, Showgirls et Une femme sous influence, dressent deux portraits de femmes en lutte pour affirmer leur place dans la société. Marion Siéfert met en scène elle une adolescente qui choisit Instagram pour crier ses tourments. Le metteur en scène François Gremaud continue, lui, d’interroger les grandes figures féminines du répertoire des arts de la scène avec un regard contemporain. Après Phèdre!, c’est Giselle..., le ballet classique, raconté par la danseuse Samantha Van Wissen accompagnée d’un quatuor de musiciennes.

À l’Opéra, Anne Teresa De Keersmaeker danse librement avec Les Variations Goldberg de Bach, riche de ses quarante ans de recherches chorégraphique sur la musique. Yasmine Hugonnet partage aussi sa recherche sensible sur le corps, l’espace et le temps avec sa danse et ses mots.

Dans Le Ciel de Nantes, Christophe Honoré raconte avec le théâtre et le cinéma, les histoires dont il a hérité de sa famille, faites de blessures de drames, mais aussi de tendresses et d’humour, en compagnie de la troupe des Idoles rejointe par Chiara Mastroianni. Dans Toi, l’actrice Valeria Bruni-Tedeschi s’adresse directement à sa mère pianiste, à travers les mots sans retenue de Pascal Rambert.

Christoph Marthaler et l’acteur Graham Valentine, son complice de près de cinquante ans, rejoints par le joueur de viole de gambe Martin Zeller, créent Aucune idée, un poème théâtral et musical, drôle et mélancolique. Guy Cassiers, autre grand artiste européen qui fait dialoguer la musique avec le théâtre, met en scène deux récits contemporains sur les figures d’Antigone et de Tirésias, joués par Ghita Serraj et Valérie Dréville. Et, avant les fêtes, le danseur et circassien yverdonnois Marc Oosterhoff et le musicien Raphael Raccuia jouent pour tous les publics Les Promesses de l’incertitude.

L’artiste comme enquêteur·euse est à nouveau une figure importante cette saison. Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen sont parti·e·s à la rencontre des gardien·ne·s de musées du monde entier, Simon Senn et Tammara Leites regardent vers le futur et les nouvelles technologies en racontant leur rencontre avec une intelligence artificielle devenue autrice. Nicolas Bouchaud questionne notre histoire en interprétant l’interview, filmée par le cinéaste Claude Lanzmann, du docteur Maurice Rossel, jeune médecin suisse représentant du CICR pendant la guerre à Berlin il raconte ce qu’il a vu et n’a pas vu lors de ses visites des camps d’Auschwitz et Theresienstadt.

Pour la couverture de ce magazine, nous avons choisi une photo de Vincent Catala: un portrait sur une affiche, issue d’une très belle série intitulée Esthétique de la résistance ou Mon corps est politique sur les combats des communautés transgenres à São Paulo pour défendre leurs droits. Elle rappelle la démarche de nombre d’artistes de cette saison qui s’affichent et s’investissent dans leur œuvre, sur scène, pour se raconter et saisir la richesse et la complexité de leurs liens avec leur histoire et l’histoire, avec leurs environnements et le monde

Toutes et tous ces artistes, avec leurs œuvres vivantes partagent chacun et chacune une certaine façon d’être au monde et d’interroger ses métamorphoses. Des regards croisés pour nous aider à imaginer ensemble l’avenir.

Vincent Baudriller
Le 1er juillet 2021

 

Marlène Saldana/Jonathan Drillet
Showgirl
6.10. - 13.10.
Mapa Teatro/Heidi Abderhalden/Rolf Abderhalden
La Lune est en Amazonie
10.11. - 13.11.