SAISON 19/20

Une saison qui réaffirme la vocation du théâtre à s'inscrire au cœur de la cité et à être un lieu de création en Suisse au rayonnement international autant qu'une agora invitant à la curiosité et au débat. | Voir magazine

IUn jeune garçon marche vers son futur sous les colonnes de la cité « Climat de France » à Alger, construite par Fernand Pouillon il y a plus de soixante ans. Cette photo de Daphné Bengoa est extraite de son exposition à Vidy qui témoigne de la vie aujourd’hui dans les bâtiments construits par l’architecte français en Algérie, avant mais aussi après l’indépendance – dans ce pays où la jeunesse a manifesté récemment, revendiquant un avenir meilleur dépassant l’héritage colonial et postcolonial.

Ce dialogue entre le passé et le présent, entre les générations, se retrouve dans plusieurs spectacles qui mêlent théâtre, cinéma et littérature. L’auteur algérien Kamel Daoud se confronte à Albert Camus en donnant un nom et une histoire à l’Arabe tué par Meursault dans L’Étranger en 1942. Le cinéaste Alain Cavalier, qui a filmé la guerre d’Algérie, converse avec le metteur en scène français Mohamed El Khatib de cinquante ans son cadet. Anne Bisang revisite le Zurich gay des années 90 en adaptant le dernier roman de Patricia Highsmith et Christophe Honoré revient à Vidy avec ses Idoles de cette même époque emportées par le sida. Pascal Greggory, invité par les Rencontres du 7e art de Lausanne, dit les écrits de l’artiste de théâtre, d’opéra et de cinéma Patrice Chéreau. Les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s’inspirent du très beau film d’Antonioni Désert rouge pour mettre en scène trois générations de femmes dans Quasi niente. Nicolas Bouchaud fait entendre la diatribe de Thomas Bernhard contre les faux-semblants de son époque dans sa comédie Maîtres anciens, qui résonne avec la radicalité provocante de la première pièce de Peter Handke, Outrage au public, mise en scène aujourd’hui par Émilie Charriot.

Saisir notre temps, réagir au présent est l’enjeu de plusieurs de nos créations. Le GdRA fait le portrait d’une jeune femme wayana qui vit en Amazonie et Stefan Kaegi reconstitue un chantier de construction pour pointer les paradoxes de notre société. Simon Senn interroge le corps numérique et virtuel d’une femme dont il a fait l’acquisition. Marielle Pinsard écrit un vaudeville sur ses ami·e·s bobos et écolos. Stanislas Nordey interprète le texte d’Édouard Louis qui accuse nommément les pouvoirs économiques et politiques d’avoir "tué" son père ouvrier. Révolte de la jeunesse également dans le monologue écrit par Pascal Rambert pour l’actrice Lola Giouse, mis en scène par Denis Maillefer.

La danse aussi interroge nos manières d’être et de percevoir. Les métamorphoses des quatre danseuses chorégraphiées par Théo Mercier et Steven Michel évoquent l’identité du corps féminin, la Zurichoise Alexandra Bachzetsis questionne la dualité entre vérité et apparence, dans sa pièce pour cinq danseur·se·s et deux pianos, et la Bâloise Tabea Martin poursuit sa recherche chorégraphique pleine de vie sur la mort et le deuil.

Deux nouvelles productions de Vidy sont destinées aux adolescent·e·s. Le plasticien Augustin Rebetez revient avec le circassien queer Niklas Blomberg pour un one-man-show très libre et Alain Borek propose un spectacle interactif en réactualisant le conte de Boucle d’or, jeune fille dont on ne sait ni d’où elle vient ni où elle va après son séjour chez la famille Ours.

Où allons-nous? est une des grandes questions du spectacle écologique et décalé de Frédéric Ferrer sur notre monde et ses limites. C’est aussi la question du cycle Imaginaires des futurs possibles conçu avec le philosophe Dominique Bourg, l’Université de Lausanne et la Fondation Zoein qui invite artistes, chercheurs et chercheuses, spectateurs et spectatrices à réfléchir ensemble notre avenir lors de plusieurs assemblées scientifiques et participatives, avant de se retrouver au Théâtre des futurs possibles le 6 juin.

Alors débutera le chantier de la rénovation et de l’extension du Théâtre de Vidy imaginé par les architectes de Pont12 qui ont dialogué avec l’héritage de Max Bill pour dessiner notre théâtre de demain.

Au plaisir de vous retrouver bientôt à Vidy.

Vincent Baudriller

Daphné Bengoa
Fernand Pouillon et l'Algérie. Des vies et une architecture
10.03. - 16.05.