Songe d'une somnambule

Un chef d'orchestre qui brandit sa baguette à l'intention d'une table vide et d'un orchestre absent. Un pianiste qui fait des remarques philosophiques, perd le fil de son intervention et s'en retourne à la scène approfondir sa réflexion. La Sonnambula se décline à la manière d'une pièce absurde de Christoph Marthaler, aux limites du burlesque. Marton relègue l'art lyrique à la seule Amina, dotée d'une voix d'or et d'une diction déficiente.

Dans le monde de macaigne

Vincent Macaigne dresse un portrait de fin du monde dans Je suis un pays et fait une fête de ce qui s'annonce être l'apocalypse. Une présentation endiablée où les comédiens bousculent le public, font plein usage des espaces scéniques et hurlent leurs répliques en maintenant tant bien que mal la tension dramatique. Il se dégage de la pièce une énergie incontestable qui happe le spectateur dans un tourbillon étouffant. Scénographie lourde qui fait la belle part aux éclairages, esthétique baroque. Le texte est à la mesure de l'artiste: grandiloquent.

Claptrap, clap de fin

D'une durée de 3 h 30 avec entracte, Claptrap, se voulait selon la note d'intention une confession sur l'intimité du couple formé par les deux créateurs. Il laisse place à une réflexion sur la liberté de création et devient un enchevêtrement de références pour public averti, avec plusieurs pointes adressées aux spectateurs illustres, directeurs de théâtre, comédiens ou metteurs en scène. Une palette d'allusions et de plaisanteries occultes pour le plaisir des initiés de Vidy, mais qui peut facilement tomber à plat pour un public néophyte.

Leçons entrevues

Interview est en quelque sorte un recueil d'entrevues, celles de grands intervieweurs français personnifiés par les talentueux Nicolas Bouchaud et Judith Henry qui se relaient sur scène et se passent le bâton de parole à tour de rôle, alternant les rôles avec un plaisir manifeste. Rassemblant micros-trottoirs et témoignages, Interview offre une communication libérée des dictats de la communication moderne formatée et livre les ficelles du métier.

Confessions, Seuls avec Wajdi Mouawad

Vêtu d'un simple caleçon noir, saluant l'assistance avec gravité et lenteur comme pour une soutenance, Wajdi Mouawad campe Harwan, étudiant trentenaire en sociologie de l'imaginaire à l'UQAM. Ce dernier sort d'une rupture amoureuse, vient d'emménager avec ses boîtes dans un nouvel appartement et peine à trouver la conclusion de sa thèse intitulée "Le cadre comme espace identitaire dans les solos de Robert Lepage".

Tchekhov, une première

Platonov, une première oeuvre foisonnante d'idées, mais brouillonne. Dead Centre, une compagnie de Dublin, remet l'oeuvre au goût du jour en en extirpant la substantifique moelle. Le premier acte tourne autour d'une fête organisée où tout un chacun parle de Platonov, retardataire et l'éléphant invisible dans la pièce. Le metteur en scène, qui a remodelé le texte, coupé ça et là, supprimé domestiques et scènes, commente en direct. Il apostrophe le spectateur dans son oreillette, discute du piètre jeu des comédiens, des intentions de l'auteur, de ses thématiques favorites.

Sur les routes de l'Orient

Aman' Aman' est un voyage sur les terres de l'exil à travers la musique. Un spectacle tout public qui fait la part belle à la musique des Balkans au doux son de la lyre et de la clarinette. Tête dans le sac propose dans ce mélange de genres un univers étoffé, avec des marionnettes expressives et attachantes. La machine d'Aman' Aman' est huilée et le déroulement fluide. Côté texte et interprétation, c'est parfois plus difficile : les propos sont parfois inaudibles, enterrés par la musique. La diction laisse aussi à désirer par moment.

Un voyage à Tokyo

Un simple récit de voyage qui traite des relations entre enfants et parents. D'une grande simplicité, l'adaptation du film de Kōgo Noda et Yasujirō Ozu permet de plonger au coeur d'une famille typique japonaise de l'après-guerre alors que les normes sociales sont en pleine désintégration, emportées par la modernité. Très graves et composés, les rapports familiaux sont souvent impersonnels. Les enfants sont trop occupés pour divertir leurs parents, happés par leur quotidien, détachés de leurs géniteurs à la suite de leur départ du nid familial.

Être bête, de tout coeur

Interpeller un l'animal comme s'il s'agissait d'un nouveau-né, l'affubler d'un sobriquet affectueux. À l'heure où le véganisme est en vogue, doit-on crier haro sur les carnivores, libérer baudet et bêtes de somme de leurs charges, rendre l'animal domestique à sa vraie nature et à la forêt? Jaccoud lance une réflexion ouverte qui charme par son côté à la fois littéraire et populaire.

Sodome, à l'assaut des tabous

Milo Rau propose dans Les 120 journées de Sodome une adaptation édulcorée de l'oeuvre de Pasolini, moins crue et plus supportable. Ce faisant, il met sur le tapis la question de la place des personnes handicapées mentales dans la société et entreprend le récit de réalités dérangeantes, l'avortement en cas de diagnostic de trisomie, la sexualité des handicapés mentaux, etc. Rau met sous le nez du spectateur son voyeurisme en s'attaquant à quelques tabous.